 Cet article est un essai de traduction en langue française de la conférence faite par l'eminent savant Cheikh Dr. Aymen Rochdi Sowayd sur le thème : "Comment le Coran nous est-il parvenu transcrit et récité? " -Partie 2- .
Louange à Allah Le Seigneur des mondes, prière et paix divines sur notre Maître et Prophète Mohammad ainsi que sur sa famille et ses Compagnons. La dimension phonique du Coran et de sa transmission Nous allons aborder ici le coté vocal du noble Coran. Il faut savoir que les arabes constituaient à l’époque du Prophète (صلى الله عليه و سلم) plusieurs factions installées dans différentes régions, comme Yathrib (Médine), Beni Tamîm (Ryad), l’est de la péninsule arabe, et la Mecque où se situait la tribu du Prophète (صلى الله عليه و سلم) (Qureych). Les notables de Qureych sont une tribu dont les origines remontent au Prophète Ismaël fils d’Abraham. Bien que toutes ces tribus parlaient la langue arabe, d’une tribu à une autre on trouve des divergences sur quelques termes. En linguistique, une différence au sein de la même langue débouche sur ce qu’on appelle dialecte. Cela est comparable en français aux différentes façons de prononcer suivant les régions. Par exemple le mot « oui » est prononcé "wi" phonétiquement [wi] tandis que d’autres le prononce avec un « é » en phonétique [we]. Telle était la situation à l’époque de la révélation du Coran, toutes les tribus parlaient la langue arabe mais de manières différentes, appelées dialectes.
Les trois principaux aspects de divergences entre les différents dialectes arabes de l’époque La divergence sur la prononciation du même mot : Bien que le mot soit le même, sa prononciation change d’une tribu à l’autre selon « l’accent » de la tribu.
La divergence sur le sens du même mot : Cette question donne plus d’ampleur à la divergence car elle a plus d’impact sur la langue et ce du fait que le même mot a une signification différente d’un dialecte à un autre. Par exemple, le mot (اللمس) qui renvoie au fait de toucher pour certaines tribus tandis que chez d’autres, cela signifie clairement « rapport sexuel ».
Des mots d’un dialecte absents dans un autre : L’enjeu de ce type de divergence est plus important que les deux précédents, car le fait qu’un mot existe dans un dialecte et pas dans l’autre signifie qu’une partie des arabes ignore ce terme. D’ailleurs on a posé la question à Abû Bakr (رضي الله عنه) sur ce que veut dire le mot (أَبّاً) dans le verset 31 de la sourate 80 mais Abû Bakr n’a pas su répondre car il ignorait ce terme qui n’existe pas dans son dialecte. Ibn Abbas l’éminent exégète du Coran, raconte qu’il n’a compris la signification de (فَاطِرُ السَّماوَات)que lorsqu’un bédouin est venu se plaindre auprès du khalife Omar (رضي الله عنه) à propos de ce verset en disant : (أنا فطرتها). Ibn Abbas, malgré tout son savoir ne comprenait pas car ce terme n’existe pas dans le dialecte des Qureych, la tribu d’Ibn abbas.
Comme le mentionne un verset, le Coran est en arabe, il contient des mots de plusieurs dialectes et plus souvent celui de Qureych qui est un mélange des autres. En effet, Qureych était situé dans endroit stratégique qui est la Mecque : un carrefour et point de repère pour toutes les autres tribus.
C’est ainsi qu’était le comportement linguistique des tribus l’époque du Prophète (صلى الله عليه و سلم). Ils empruntaient à plusieurs tribus quelques paroles. Par exemple à propos de la parole d’Allah « …et elle remit à chacune d'elles un couteau » « S12 – V31 », le mot سكّين – sikkîn – n’est pas utilisé dans la tribu Daws , dont Abû Horeira (رضي الله عنه) fait parti. Ce Compagnon s’est entièrement dévoué à la personnalité du Prophète (صلى الله عليه و سلم) après sa conversion. Le Prophète (صلى الله عليه و سلم) demanda un jour à Abû Horeira de lui donner un couteau en disant « a’Tinî As Sikkîn », Abû Horeira, surpris, se demanda ce qu’est sikkîn. Le Prophète (صلى الله عليه و سلم) en lui faisant signe vers le couteau lui répéta la même phrase : « a’Tinî As Sikkîn ». Abû Horeira lui demanda : « s’agit-il (du) - al moudyah – couteau ?». La première fois qu’il entendu ce mot était de la bouche du Prophète ((صلى الله عليه و سلم)). C’était la réalité linguistique de l’époque du Prophète ((صلى الله عليه و سلم)). Ce sont ces trois aspects qui distinguaient les tribus de l’époque. De même, aujourd’hui, est-il possible à un marocain de parler le dialecte égyptien ? Il est difficile à celui qui lit « yoûminoûne » de lire « you’minoûn » , ou à celui qui lit « moûssa » avec al fath de lire « moûssâ » avec al imâla.
L’ordre d’Allah et la question de la commoditéL’ange Gabriel – Paix sur lui - descendu et rapporta au Prophète (صلى الله عليه و سلم) : « Ô Messager d’Allah, Allah t’ordonne d’apprendre la lecture à ta communauté selon un mode unique ». Le Messager (صلى الله عليه و سلم) interrogea Gabriel : « Ô Gabriel ! J’ai été envoyé à une communauté illettrée contenant des vieillards et des femmes. Demande à Ton Seigneur un allègement ». Il s’en alla et revint aussitôt et dit : « Allah t’ordonne t’apprendre à ta communauté le Coran selon deux modes » et le Prophète (صلى الله عليه و سلم) en sollicitait davantage au point qu’il lui fut ordonné de l’apprendre selon 7 modes… Le Prophète (صلى الله عليه و سلم) s’adressa alors aux Compagnons en ces termes : « Lisez à la manière qui vous été enseignée ». Les Compagnons qui écorchaient leur lecture passaient devant le Prophète (صلى الله عليه و سلم) jusqu’à ce que la lecture soit confirmée. D’autres lisant correctement recevaient aussi un amendement et une certification de la conformité de leur lecture. Il lui avait été ordonné, en effet, d’enseigner de cette façon. Aussi faut-il rappeler que le Coran est descendu sur le cœur du Prophète (صلى الله عليه و سلم) et non sur son ouïe. D’aucuns se demandent par ailleurs pourquoi tantôt l’ange Gabriel enseignait le fath et tantôt al imâla. Nous leur répondons que le procédé de descente du Coran sur le Prophète (صلى الله عليه و سلم) ne ressemble en rien à la transmission qui nous en est faite. Le premier procédé de transmission est une Révélation, vécue et assimilée par celui à qui elle est adressée, c’est là un point sur lequel il faut particulièrement prendre garde. Cette étape constitue une série d’informations directes descendues sur le cœur du Prophète (صلى الله عليه و سلم), tandis que le procédé par lequel le Coran nous est transmis (nous autres) est purement oral . Il a donc été ordonné au Prophète (صلى الله عليه و سلم) de l’enseigner par une méthodologie axée sur cette faculté humaine. Ceci pour plus de commodité pour la communauté. Supposons un instant que le Prophète (صلى الله عليه و سلم) enseigne à un Compagnon la lecture du verset (وَعَلَى أَبْصَارِهِمْ غِشَاوَةٌ) selon deux modes de lecture différents, l’un d’eux aurait certainement trouvé une difficulté dans la lecture de l’autre. Abû Bakr As-sijistânî (une grande figure des sciences du Coran) rapporte : « Un bédouin vint me réciter le verset suivant (اٌلَّذينَ وَ عَمِلُواْ اٌلصَّالِحاتِ طُوبَى لَهُمْ وَ حُسْنُ مَآب) en prononçant Tîbâ au lieu de Toûbâ. J’ai donc rectifié sa lecture mais il s’entêta et resta sur sa façon de lire. » Ainsi, la diversification des lectures enseignées par l’ange Gabriel pour que le Prophète (صلى الله عليه و سلم) l’enseigne a son tour est une nécessité et une facilité pour la communauté. Les Compagnons ont tous appris du Prophète (صلى الله عليه و سلم) selon leur tribu et selon leur accent, chacun enseignant à son tour le mode de lecture pour lequel il a reçu un amendement. C’est ainsi que le Noble Coran fut relayé aux générations postérieures. C’est ainsi que furent « publiées » les divers modes de lectures. Du reste, arrêtons-nous sur cette parole du Prophète (صلى الله عليه و سلم) qui retentira au deuxième siècle de l’Hégire, siècle de la compilation des sciences juridiques, en ce sens qu’à l’époque du Prophète (صلى الله عليه و سلم), seul le Coran était enregistré et consigné par écrit. Il s’agit du hadîth : « N’écrivez à mon sujet que ce qui concerne le Coran, si vous écrivez autre chose à mon sujet, effacez-le ». Cette ordonnance concernait la quasi-totalité des Compagnons. Cependant, un nombre restreint, à l’instar de Abdullah Ibn Amr Ibn Al ‘AS avait cette liberté de consigner les traditions et paroles du Prophète autre que le Coran. Cette restriction avait pour but de ne pas confondre l’enseignement de la lecture avec la Révélation. Ainsi, dès le deuxième siècle de l’Hégire, des écrits furent publiées par des élèves de lecteurs qui détaillaient les modes de lectures correspondants. Tous ces transmetteurs étaient purement allocutaires et ne produisaient donc pas d’eux même tels des affabulateurs les différentes lectures, comme ont prétendu certains orientalistes . Si tel était le cas, le nombre extrêmement important à l’époque de musulmans ayant mémorisés le Coran auraient-ils laissé faire passivement ? Quand on pense qu’il suffit à un Imam aujourd’hui 14 siècles après l’Hégire de prononcer le début de la sûrat al Fatiha « Al hamdA » au lieu de « Al HamdOu » , pour qu’une multitude de voix s’exclament derrière l’Imam voulant le corriger « Al HamdOu !!! » , que doit-on penser aux premiers siècles de l’Hégire ? Nul n’est capable de modifier ne serait-ce qu’une lettre du Coran. Plusieurs modes de lectures furent donc publiés et mis rigoureusement sur écrit, comme la lecture Warch de l’Imam Nâfi’ ou Qâlûn du même Imam. Plusieurs élèves érudits étudiaient chaque lecture chez celui qui en avait la maîtrise (avec une chaîne de transmission continue remontant jusqu’au Prophète (صلى الله عليه و سلم) puis rassemblaient le tout dans un seul livre. De cette manière furent concrétisées les règles régissant l’enseignement par écrit de chaque lecture. Remarquons que l’on parle précisément ici de l’écrit, puisque s’agissant de la transmission orale, l’enseignement était déjà présent comme nous l’avons vu précédemment.
À quoi sont liées les différences de lecture ?Il y a un détail sur lequel il est important de s’arrêter : est-ce que toutes les lectures transmises de la part du Prophète (صلى الله عليه و سلم) sont liées à la langue (dialecte, accent…) uniquement ou bien y’a-t-il un autre facteur intervenant ?
- 95% des lectures sont liées à des questions de facultés orales (en d’autres termes 95% de la diversité des modes de lecture par Allah Le Très Haut est une question de facilité). Exemple : « you’minoûn » / « yoûminoûne »
- 5% est lié à des questions de « sens de versets ». Exemple « Maliki yawmi Addîn » / « Mâliki yawmi Addîn ». La différence ici n’est pas justifiée par une nécessité de faciliter la lecture, il s’agit de deux termes de sens différents. Malik signifie maître, propriétaire, qui a la charge de, …etc. Alors que Mâlik signifie Roi.
Allah Le Très Haut nous informe de Sa Qualité de Roi du Jour de la Rétribution, et qu’Il est également le Législateur, Maître du Jugement Dernier. Dans le même style d’exemple, on peut citer le verset : ( وَلَهُم عَذَابٌ أَلِيمٌ بِمَا كَانُوا يَكْذِبُونَ ) pouvant être lu aussi : ( وَلَهُم عَذَابٌ أَلِيمٌ بِمَا كَانُوا يُكَذِّبُون) . Dans cet exemple, ( يَكْذِبُونَ) renvoie au verbe mentir alors que ( يُكَذِّبُون) renvoie au verbe démentir, nier. Allah nous apprend que les gens concernés par le verset (les hypocrites) mentent lorsqu’ils parlent et dénigrent lorsque les Prophètes s’adressent à eux. Aussi faut-il faire remarquer que deux lectures différentes possèdent chacune un sens mais qui ne s’opposent jamais. C’est dans ces terres que chassent les ennemis de l’Islam.Les lectures ayant un lien avec la langue dans 5% des cas, les détracteurs de l’Islam en profitent en arguant que le Texte a subit des modifications pour la cause du dauphin. Mais qui donc a modifié quoi ? Et comment ? Quand ? Enfin, la transmission du Coran continue son chemin immuable de génération en génération. Il existe des personnes dotées de cette qualité de qorâ qui se spécialisent dans cette science, à l’instar des jurisconsultes qui se consacrent à la Jurisprudence ou les gens du hadîth qui se donnent à la science du hadîth. Les sciences du Coran constituent une spécialité obligatoire pour une partie de la Communauté, en ce sens que l’obligation générale est levée pour le reste de la Communauté lorsqu’une partie s’y adonne. Les qorâ sont investis de cette mission cruciale d’enseigner et transmettre leur savoir sur les modes de lectures du Saint Coran. Cette tranche de la Communauté est donc garante d’un secteur de la charî’a, à l’exemple des prêcheurs, jurisconsultes, exégètes, penseurs ou économistes islamiques etc. Chacun a une discipline dont il a la charge de la sauvegarde, de la continuité, de la transmission à la postérité. Tous ont pour objectif de pérenniser la charî’a et la Religion. Dans plusieurs régions du monde, l’on retrouve ces qorâ : Au Châm, an Egypte, en Turquie, au Yémen, au Maroc…etc. On peut se réjouir, exulter notre joie de savoir que le Coran dont on dispose actuellement nous vient directement de la Révélation faite à Notre bien aimé Prophète (صلى الله عليه و سلم) (écrit : moushaf et oral : mémorisation et transmission). La communauté musulmane peut aussi être fière, en ce sens que le degré de confiance est on ne peut plus garanti, les transmetteurs initiaux étant des exemples par excellence de sincérité et d’honnêteté. Le Coran est donc totalement exempt de modification, entier dépourvu d’abrègement, et ceci jusqu’au lever de l’Heure. Les Hommes, alors se réveilleront un matin constatant que la moindre partie du Coran mémorisée sera oubliée , les masahif deviendront des pages blanches : Allah livrera , ce jour-là les Hommes à leur sort. Le désordre, la corruption auront pris le dessus, et Allah considérera alors que les Hommes ne mériteront plus d’avoir à leur disposition Sa Sainte Parole. Cela rappelle donc à quel point nous devons, tous, prendre soin de Noble Coran et le méditer comme il se doit. « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu'ils méditent sur ses versets et que les doués d'intelligence réfléchissent ! » [Sourate Sad 38 – Verset 29] En premier lieu donc, la lecture puis vient ensuite la méditation sur cette lecture. Ensuite il faut œuvrer en conséquence et rester cohérent vis-à-vis de notre lecture. En résumé de ce paragraphe : - Lecture
- Méditation
- Après compréhension, il faut œuvrer.
Nous demandons à Allah Le Très Haut de nous donner Sa Bénédiction à travers le Saint Coran et qu’Il pérennise pour nous ce Bienfait, qu’Il donne à nos langues l’accoutumance dans la lecture du Coran, qu’Il fasse de nous des « gens du Coran » qui sont les alliés d’Allah et Ses privilégiés, qu’Il accepte nos œuvres pies. C’est certes, Lui, L’Entendant, Proche et Prompt à exaucer nos invocations, et que La Grâce entière soit rendue à Allah, Seigneur des Mondes. Pages vues: 3187
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